MILLAY

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Arrivée de la famille Perruchot

1871-1875 — Installation à La Garde

La famille PERRUCHOT semble s'installer à La Garde avant même d'en devenir propriétaire.

Le recensement du 31 mars 1872 montre déjà plusieurs générations de la famille réunies à La Garde autour de Jean Baptiste PERRUCHOT, de son fils Jules Jean Noël PERRUCHOT et de son petit-fils Gustave Claude Jean Baptiste PERRUCHOT.

Gustave y vit alors avec sa jeune épouse Laure Louise Marie Benoite APPAY et leur fille Louise.

Leur fils Joseph Louis Claude Gustave PERRUCHOT y naît le 2 octobre 1872.

20 novembre 1875 — Deux opérations patrimoniales simultanées

Le 20 novembre 1875 constitue une date essentielle dans l'implantation de la famille PERRUCHOT à Millay.

Ce jour-là, Jules Jean Noël PERRUCHOT acquiert le domaine de La Garde pour la somme de 180 000 francs.

Parallèlement, son fils Gustave Claude Jean Baptiste PERRUCHOT, alors propriétaire domicilié aux Dreuillots, échange son domaine des Dreuillots contre les immeubles de Rechigy appartenant à la famille Coujard de Laplanche.

L'acte est passé devant Maître Sébastien Émile Caillet, notaire à Luzy.

Gustave devient ainsi propriétaire de Rechigy et semble être le premier membre de la famille PERRUCHOT connu à y résider.

Les documents ultérieurs d'origine de propriété montrent que cet échange avait été régulièrement transcrit aux hypothèques de Château-Chinon.

1876 — Gustave est bien propriétaire de Rechigy

Une source contemporaine et totalement indépendante des archives familiales confirme très rapidement cette acquisition.

En 1876, Lucien Gueneau, relatant dans le Bulletin de la Société nivernaise des lettres, sciences et arts des découvertes archéologiques réalisées près de la voie romaine, désigne explicitement :

« M. Perruchot jeune, propriétaire de Rechigy »

Il précise que Gustave lui avait apporté des poteries découvertes dans un champ situé au-dessous de sa maison.

Cette mention est importante : quelques mois seulement après l'échange de novembre 1875, Gustave est donc bien reconnu localement comme propriétaire et résident de Rechigy.

Consulter le Bulletin de la Société nivernaise

1878 — Gustave et Laure vivent à Rechigy

En 1878, Gustave Claude Jean Baptiste PERRUCHOT et Laure Louise Marie Benoite APPAY sont domiciliés à Rechigy.

C'est à Rechigy que Laure meurt le 1er décembre 1878, à seulement 29 ans.

Elle laisse Gustave veuf à 36 ans avec deux jeunes enfants :

  • Louise, 7 ans ;
  • Joseph, 6 ans.

Cet événement précède de moins de deux ans et demi la vente judiciaire de Rechigy et pourrait avoir joué un rôle dans les opérations patrimoniales qui suivent.

6 mai 1881 — Une mystérieuse adjudication judiciaire

Six ans après l'échange de 1875, les immeubles de Rechigy font l'objet d'une nouvelle mutation, d'une nature très différente.

Le 6 mai 1881, un jugement rendu à l'audience des criées du Tribunal civil de Château-Chinon adjuge les immeubles de Rechigy à Jules Jean Noël PERRUCHOT, père de Gustave.

Le prix de l'adjudication est de 80 000 francs.

Le document d'origine de propriété établi lors des partages ultérieurs indique clairement que Jules acquiert alors les biens :

de son fils Claude Jean Baptiste Gustave PERRUCHOT, propriétaire à Rechigy.

Le jugement est ensuite transcrit au bureau des hypothèques de Château-Chinon le 10 juin 1881, au volume 636, n°26.

Il ne s'agit donc pas d'un simple « doublon » de la vente de 1875 :

  • en 1875, Gustave devient réellement propriétaire de Rechigy par échange avec les Coujard de Laplanche ;
  • en 1881, Rechigy passe de Gustave à son père Jules à la suite d'une adjudication judiciaire.
Document relatif à l'adjudication judiciaire de Rechigy en 1881.


Pourquoi une vente judiciaire ?

La raison exacte de cette adjudication reste aujourd'hui inconnue.

Deux hypothèses principales sont étudiées.

1 — Une liquidation ou licitation familiale après le décès de Laure

Laure meurt en décembre 1878 en laissant deux enfants mineurs.

Selon le régime matrimonial du couple et la nature juridique des biens échangés en 1875, sa succession a pu nécessiter une liquidation ou une licitation judiciaire.

La proximité des dates est troublante :

  • 1er décembre 1878 : décès de Laure ;
  • 6 mai 1881 : adjudication judiciaire de Rechigy.

Le contrat de mariage PERRUCHOT-APPAY du 15 octobre 1869 est donc une pièce essentielle pour vérifier cette hypothèse.

2 — Des difficultés financières de Gustave

Une autre hypothèse est celle de difficultés financières rencontrées par Gustave.

La tradition familiale conserve de lui l'image d'un homme très différent de son père, volontiers décrit comme un « bon vivant ».

En 1886, quelques semaines avant sa mort, Gustave est revenu vivre auprès de ses parents à La Garde.

La table de succession mentionne par ailleurs un « certificat d'indigence », élément qui pourrait indiquer qu'il ne disposait plus alors d'un patrimoine important.

Dans cette hypothèse, Jules aurait pu racheter Rechigy lors de l'adjudication afin d'éviter que le domaine ne sorte de la famille.

Aucune de ces deux hypothèses n'est encore démontrée.

Il est également possible que les deux phénomènes se soient combinés : la mort de Laure aurait pu entraîner une liquidation juridique dans une situation financière déjà fragile.

Et le « notaire véreux » ?

Une tradition orale ancienne de la famille évoque une mystérieuse « affaire du notaire véreux ».

Cette histoire avait jusqu'à présent été rapprochée de l'étrange succession des opérations de 1875 et 1881.

Les recherches actuelles incitent cependant à la prudence.

L'échange de 1875 semble avoir été régulièrement passé devant notaire puis publié aux hypothèques, et Gustave est attesté dès 1876 comme véritable propriétaire de Rechigy.

À ce jour, aucun document retrouvé ne permet donc d'établir l'intervention frauduleuse d'un notaire dans l'acquisition de Rechigy.

La tradition familiale doit être conservée, mais comme une piste de recherche et non comme une explication établie.

Enquête en cours

Plusieurs documents devraient permettre de résoudre définitivement l'affaire.

Document recherché Référence Ce qu'il pourrait permettre d'établir
Dossier de l'adjudication du 6 mai 1881 AD58 — 3 U 1/591 La raison de la vente judiciaire, le nom du poursuivant, les éventuels créanciers, le cahier des charges et les conditions de l'adjudication
Acte d'échange du 20 novembre 1875 AD58 — 3 E 56/671 Le contenu exact de l'échange Dreuillots / Rechigy, la valeur des biens et d'éventuelles soultes
Transcription hypothécaire de 1881 Château-Chinon — volume 636 n°26 Le texte complet du jugement et l'origine de propriété
Contrat de mariage PERRUCHOT / APPAY 15 octobre 1869 — Maître RAT, Paris Le régime matrimonial de Gustave et Laure et les droits éventuels de Laure sur Rechigy
Succession de Laure APPAY 1878 La composition de sa succession et les droits de ses enfants mineurs
Succession de Gustave PERRUCHOT 1886 Vérification du certificat d'indigence et de la situation patrimoniale de Gustave à son décès

État actuel de l'enquête :

L'acquisition de Rechigy par Gustave en 1875 est aujourd'hui établie. La mutation de 1881 est une véritable adjudication judiciaire au profit de son père. Le mystère ne porte donc plus sur la réalité des deux opérations, mais sur la raison qui a conduit à cette adjudication.

1881-1894 — Rechigy reste dans la famille

Après l'adjudication de 1881, Jules Jean Noël PERRUCHOT devient propriétaire de Rechigy.

Le domaine reste ainsi dans la famille malgré la situation personnelle de son fils Gustave.

En 1886, Gustave apparaît de nouveau au recensement de La Garde auprès de ses parents.

Il meurt à La Garde le 7 juillet 1886, à seulement 44 ans.

Ses deux enfants, Louise et Joseph, sont alors élevés par leur grand-père Jules.

Carte limites Claude Perruchot.jpg

1894-1897 — Transmission aux petits-enfants

Jules Jean Noël PERRUCHOT meurt en 1894.

La propriété familiale est alors appelée à être répartie entre sa veuve Louise Joséphine MARTIN et ses deux petits-enfants :

Le 25 mars 1897, Louise Joséphine MARTIN procède à une donation-partage de ses biens entre ses deux petits-enfants.

Le partage aboutit à une séparation géographique assez nette du patrimoine :

Rechigy revient ainsi finalement au fils de Gustave, seize ans après avoir été acquis judiciairement par son grand-père.

Texte du contrat de partage entre Louise et Joseph PERRUCHOT, 25 mars 1897.


Carte limites Joseph Perruchot.jpg